( Samedi 25 juin 2009, 08h45
P.O.V de Shin )Le visage enfoui dans l'oreiller, je tends un bras vers ma table de chevet, cherchant vainement à tâtons mon portable qui vient de se mettre à sonner. Un corps chaud remue alors contre le mien et dans la seconde qui suit, un « Allô » parvient à mes oreilles. Comme la logique le laisse supposer, la suite est une conversation téléphonique qui devient lointaine à mesure que je replonge dans les bras de Morphée.
"Debout Shin, on a du taf !"Enfin.... C'est sans bien-sûr compter ma s½ur jumelle.
"Veux dormir, je marmonne sans bouger.
_Shin, souffle-t-elle en retirant le drap dont on s'est couverts cette nuit.
On a pas le choix."Soupirant, je consens à me redresser, étirant mes muscles au passage tandis que ma moitié est déjà descendue du lit.
"Tu m'explique ?
_On doit aller chercher Anderson à la gare à neuf heures et demi, répond Lou en retirant sans pudeur les habits usés qui lui ont servi de pyj'.
_Le client de William ? Mais c'était....
_Pour lundi après-midi je sais, me coupe-t-elle en soupirant.
Je t'expliquerai les détails sous la douche."[...]
Les pieds croisés sur le tableau de bord de son pick-up noir, je fais tourner distraitement un fin stylet en argent entre mes doigts agiles.
"Y'a un truc qui cloche, je soulève, le regard dérivant sur le paysage urbain de la ville.
_Autre que tes pieds ailleurs que sur le plancher ?
_Si on y va à deux et en avance, je continue sans relever le sous-entendu.
C'est que c'est un gros poisson.
_Assez gros pour intéresser les renégats ? S'enquiert la blonde en ralentissant quand on arrive à destination.
_Peut-être."Bien que notre père adoptif soit au courant de nos gènes modifiées, notre point de vue sur le monde actuel lui est inconnu. Je veux dire, Lou et moi avons toujours fait gaffe à ne pas faire un pas de travers, donnant le change en obéissant docilement pour aider la résistance. Etant les enfants de la personne ayant les quasis pleins pouvoirs sur Berlin, attaquer de front n'est pas encore à l'ordre du jour.
Sans difficultés, ma s½ur s'engage dans le parking et trouve rapidement une place où se garer. Je me redresse et glisse le stylet au niveau de mes reins, le bloquant à l'aide mon jean avant de descendre en silence du véhicule.
Cinq minutes plus tard, Lou serre doucement mon bras.
"Le voilà."Suivant son regard, je remarque un homme brun de ma taille descendant du dernier train qui vient juste de s'arrêter. Avant le truc en plus confirmant qu'il s'agit de la personne recherchée est l'instinct infaillible de mon double. Qu'il s'agisse de déceler un mensonge, prévenir un danger ou reconnaître une personne inconnue, le sixème sens aiguisée de cette dernière ne l'a jamais induite en erreur.
Aussi je lui emboite le pas pour rejoindre le client de notre père qui regarde distraitement sa montre.
"Bonjour Mr. Anderson, annonce Lou en tendant une main main fine quand on arrive à sa hauteur.
Je suis Louisa Crowe et voici mon frère Tim."Ne s'arrêtant pas à notre jeune âge et aux dreads blondes rattachées en queue de cheval de ma jumelle, ce dernier nous rend la politesse avant qu'on ne reparte vers la sortie, terminant ainsi sans lézards un taf devenu maintenant habituel depuis trois ans.
Enfin, c'est ce que je pensais juste avant de sentir la brusque tension de la blonde alors qu'elle quite le parking pour s'engager sur la route. Ce lien que nous donne notre gémélité est accentué par notre double nature. C'est pour cette raison que les émotions de l'un ne sont pas étrangères à l'autre et que l'on peut également communiquer par la pensée.
C'est pour ça que la voix d'apparence calme de Lou résonne à cette minute dans ma tête, affirmant ce qui dans une situation différente l'aurait fait grincer des dents:
"Tu avais raison."Et comme une preuve inutile, des vrombrissements de motos nous parviennent sans crier gare.
Certes encore lointains pour des oreilles humaines.
Mais pourtant bien réels.